Volkswagen : des algorithmes et des mensonges

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L’affaire Volkswagen qui vient d’éclater est intéressante à plusieurs points, lorsqu’on écarte la quasi-hystérie qui s’est emparée de certains, les poussant à vouer aux gémonies le diesel. C’est d’autant plus étonnant que ces mêmes personnes auraient pu vouer aux gémonies les lasagnes après le scandale Spanghero, les implants mammaires après PIP, etc. Parleraient-ils sans savoir ?

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Certains analysent cette affaire sous l’angle de la communication de crise, pointant du doigt les faiblesses de l’entreprise dans cet exercice tout en omettant la question centrale : comment peut-on communiquer alors qu’on confesse avoir pris les clients et l’administration pour des imbéciles (bizarrement on parle peu des clients) ainsi qu’un mensonge fait sciemment et entretenu tout aussi sciemment ? Nous avons reconnu les faits devant les autorités. Les accusations sont justifiées. Nous collaborons activement a ainsi déclaré un porte-parole du groupe.
D’autres à travers le prisme du rétablissement des finances publiques de l’oncle Sam via des amendes prononcées principalement à l’encontre d’entreprises ne relevant pas de la juridiction territoriale de l’Empire. Rappelons que BNP a été condamnée à 8,9 milliards d’euros, l’estimation pour Volkswagen s’élevant à 21 milliards d’euros.
D’autres encore se concentrent sur la pollution et l’écologie, ayant décidé des tests aléatoires, oubliant le fait que si l’ampleur de la fraude est inconnue, les tests aléatoires peuvent donner des résultats aléatoires.
Certains encore pointent du doigt les liaisons dangereuses entre politique et entreprise : l’est également (atteinte) la réputation d’un fleuron de l’industrie allemande, aux liens étroits avec la politique puisque l’État régional de Basse-Saxe en est actionnaire à hauteur de 20 % sans transposer (il faut savoir demeurer prudent) la réflexion de notre côté du Rhin…

Tous ces points de vue sont intéressants et chacun mériterait un développement complet, mais nous étudierons ici cette question à travers le prisme de l’informatique. Ce n’est pas réducteur, car l’informatique (le logiciel) est précisément au cœur de ce scandale.

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Remarquons au préalable (paranoïa?) que l’ONG qui a découvert ce scandale informatique trouve ses fonds with additional generous support from the William and Flora Hewlett Foundation, the Energy Foundation, and the David and Lucile Packard Foundation. Tiens donc. En furetant un peu, on s’aperçoit que la fondation Hewlett a été fondée par un des fondateurs de HP et que la fondation Packard a été fondée par l’autre fondateur de HP. Ne sombrons pas totalement, il semblerait que les buts déclarés des universitaires qui ont réalisé l’enquête sont avouables.
Notons que ces deux fondations sont bien dans le sens du vent au vu des programmes qu’elles financent. Aucun étonnement sur le fait que les ONG qu’elles financent suivent donc le même mouvement « mainstream » et bénéficient d’un a priori d’honnêteté. C’est ce qu’on appelle l’indépendance des ONG…

Passons.
Si certains se demandent comment cela a pu avoir lieu, d’autres visiblement savaient depuis au moins un an. Ainsi, en 2014, Philippe Varin, encore président du directoire de Peugeot-Citroën, s’était inquiété des pratiques chez PSA. Il avait mandaté des spécialistes pour vérifier que la conformité des véhicules de la gamme avec les exigences européennes en terme de pollution étaient respectées, sans recours à un quelconque stratagème électronique voire plus mais n’ont rien dit. Pourquoi donc ?
D’autres que moi se posent aussi la question : Il est étrange que tout le monde soit passé à côté de l’astuce. Et quand bien même des concurrents l’auraient décelée, pourquoi n’ont-il rien dit ? Avait-ils eux-mêmes leurs propres magouilles ?
Nous apprenons au passage que le logiciel incriminé n’était pas une spécificité de VW, mais un pur produit Bosch (sans jeu de mots…) L’équipementier allemand aurait livré le programme en 2007 au groupe automobile, tout en spécifiant que son installation sur les véhicules était « illégale », affirme dimanche le journal allemand Bild. Voilà qui est intéressant : un industriel demande à un autre de mettre au point et de lui livrer un produit afin de trafiquer des preuves, l’autre accepte et se retranche derrière le fait qu’il a signalé que c’était illégal. Nous voilà plongés au royaume d’Absurdie et d’Irresponsabilité.
En fait, il semblerait que le logiciel (dont le fonctionnement est expliqué ici et ) ait aussi un but sécuritaire : quand le capot et les portières sont ouverts ou les roues à l’arrière bloquées sur les bancs de contrôle, les systèmes d’assistance à la conduite des automobiles interprètent le roulage artificiel du véhicule comme une situation dangereuse. Le programme informatique imposé aux constructeurs permet donc de faire basculer l’automobile d’un « mode route » à un « mode test » automatiquement.

Nous voilà donc plongés au cœur d’une ténébreuse affaire pour reprendre Balzac… S’il est assez facile de comprendre le fonctionnement du logiciel incriminé, comme dans toute affaire pénale, il reste à prouver l’intention coupable des uns et des autres (bien qu’un aveu aussi rapide laisse planer peu de doute).
Notons qu’il serait réducteur d’accuser l’informatique, le logiciel, voire l’algorithme. Ceux-ci ne font que ce qu’on leur demande de faire. N’ayant pas de volonté ni d’intention, ils ne peuvent être responsables.
Mais les concepteurs, paramétreurs et installateurs du logiciel ont une volonté. Se pose alors cette question simple : les informaticiens qui ont participé à la mise en place de ce logiciel, aux fins de contrefaire les résultats des tests, sont-ils des cyberdélinquants ? Car si la seule conception d’un tel logiciel peut se comprendre, son installation et son paramétrage illustrent bien la volonté maligne…

Il serait aussi sûrement très utile et instructif d’analyser en profondeur le mode de management et les processus décisionnels de VW. L’étude permettrait vraisemblablement de pointer du doigt des abus de pouvoir, des dysfonctionnements dans la chaîne d’alerte, des comportements contraires à l’éthique, etc.

Alors, quelles suites pour l’entreprise ? Elle est certes « too big to fail », mais son avenir dépendra des fées (bonnes ou mauvaises) qui se pencheront sur son sort. Si Lehman brothers a chu car elle avait trafiqué des emprunts, Goldman Sachs, qui a conseillé la Grèce avec le succès que l’on sait, existe encore.

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