Stratégie numérique 4

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Penchons nous sur le deuxième objectif affiché de cette stratégie p 20 à 23, dont une demie de dessin, soit 3,5 pages utiles.

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Dès le début, une question surgit : que signifie avoir confiance dans le numérique ? D’autant plus que, dans la même phrase, il est indiqué que les Français ont une certaine défiance quant à son impact sur leur vie quotidienne, notamment personnelle. Devant une telle contradiction, on peut penser que les Français sont des veaux, ou que la question a mal été posée.

Est ensuite pointée du doigt une réelle difficulté à dissocier vie privée et vie professionnelle dans l’utilisation des équipements comme des services. J’en ai parlé dans mon billet étudiant l’introduction, on ne peut exclure l’impact du BYOD et du télétravail sur cette confusion.

Un bon point : la création d’un service d’assistance au traitement de l’incident informatique à l’origine de l’acte de cybermalveillance. Il faut effectivement aider les citoyens à faire face à la complexité du cyberespace.

Un sérieux bémol quand il est écrit : Les opinions diffusées vont alors à l’encontre des intérêts fondamentaux de la France et relèvent d’une atteinte à la défense ou à la sécurité nationale sanctionnée par la loi. Sanctionner une opinion me paraît bien peu démocratique. Mais peut-être me trompé-je…

Page 21 est indirectement posée une question à la CNIL. La captation massive et illicite de certains types de données personnelles, comme par exemple les données de santé, peut en effet entraîner des atteintes à la sécurité individuelle et collective, ou plus simplement une exploitation commerciale abusive (revente à des compagnies d’assurance, par exemple). Alors, CNIL, de quelles garanties dispose le citoyen ?

Même page est évoquée une cotation des entreprises selon leur prise en compte du risque cyber. Fort bien, mais cela nécessite de connaître au moins la PSSI, au mieux le SI de l’entreprise auditée, sans garantie pour celle-ci que ces informations bénéficieront d’une protection infaillible.

La page 22 est occupée pour moitié par un dessin. Pourquoi pas. Quand on l’observe, on a l’impression que l’auteur a voulu dessiner un troupeau de moutons humains conduits à l’abattoir. C’est saisissant de réalisme ! Est-il en lien avec le § « protéger la vie numérique… » ?

Se pose encore la question de la mesure de la cybercriminalité, la plupart des infractions concernées étant enregistrées sous une appellation qui ne rend pas compte de cette dimension, aujourd’hui absente des référentiels utilisés. Ce qui se comprend sans problème, car aucune infraction n’est actuellement spécifique au cyberespace. Il faut alors trouver une comptabilité particulière pour éviter les oublis et les doublons. Par exemple : X escroqueries dont Y via le cyberespace.

Autre tarte à la crème, l’identité numérique. J’en ai déjà parlé il y a quelques temps via le blog égéa et persiste au moins dans une affirmation : Toute l’individualité de l’homme s’inscrit dans son corps. Hors du corps, point d’identité. Un identifiant et un mot de passe ne constituent pas plus une identité numérique qu’un porte-clefs constitue une identité réelle.
Chacun sera ravi d’apprendre que la préservation de son identité est moins sensible que les usages concernant la vie démocratique ou les échanges internationaux relatifs à la justice. Question de point de vue… Si un État ne préserve pas l’identité numérique de ses citoyens, surtout dans le cas de votes électroniques, il ne peut y avoir de vie démocratique.

La transmission des données personnelles sera labellisée, mais rien n’est dit sur la propriété des données personnelles. Du moment que la transmission est sécurisée, le bon peuple doit-il être satisfait ?

Quant à universaliser et (…) consolider aussi bien le socle de normes que l’outil de coopération que constitue ce texte (la convention de Budapest) il faudra faire preuve de beaucoup de pédagogie. Surtout que ceux qui n’ont signé ni ratifié cette convention sont, en Europe la Russie (bonne chance) et San Marin (paradis fiscal?), hors d’Europe les pays d’Amérique latine (globalement), Israël, le Maroc, les Philippines, le Sénégal et les Tonga. Où est l’urgence ?

À suivre…

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