La potion magique de la CNIL

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Tempête dans le cyber-landerneau : on ne cesse de dire et d’écrire que la CNIL vient de tancer sérieusement Facebook. Tous nos coqs se dressent, les ailes des casques des Astérix insoupçonnés se redressent, et vous allez voir ce que vous allez voir, sbires de l’Empire américain.

source.

Voyons de plus près ce qu’il en est.
Selon certains, la CNIL a émis un réquisitoire virulent. Voyons donc les arguments avancés.

Une charge contre la publicité ciblée. Pourquoi pas. Mais à ce compte, il me semble que plusieurs sites internets de commerce, bien gaulois, pourraient faire l’objet de la même remarque. La FNAC, par exemple, ne m’a jamais demandé si j’acceptais de recevoir de la publicité ciblée concernant des livres que je n’ai pas envie de lire…

Des données collectées trop sensibles. Bien. Tout utilisateur de Facebook peut aussi renseigner, sur son profil, sa sympathie politique et ses préférences sexuelles. La CNIL juge que, pour se conformer à la loi, Facebook devrait indiquer précisément ce qu’il compte faire de ces informations, compte tenu de leur sensibilité et de la nature particulière que leur confère la loi française. Poussons le raisonnement jusqu’au bout. Ceux qui font leur coming-out (pensant vraisemblablement que la France entière attend de savoir s’ils préfèrent les bananes ou les figues. Quelle pitié !) doivent donc demander au public ce qu’il compte faire de l’information ?

Un manque de transparence. La CNIL juge aussi que les utilisateurs de Facebook ne sont pas suffisamment informés sur le fait que leurs données sont transférées aux États-Unis. Allons-nous bientôt voir apparaître sur les sites internet le sigle SDF (Stockage de Données en France) ?

Problèmes de cookies. Entièrement d’accord, ces saletés sont un vrai problème. Et le fait d’inscrire En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts est une façon de mépriser l’utilisateur. Car si je ne veux pas de cookies, que puis-je faire ?

Le même journal cireur de pompes n’ayant pas peur des titres absurdes, on peut lui pardonner. A moins qu’il faille le prendre au second degré et accepter la métaphore de Margaret Thatcher, idole du Monde…

Vous me trouvez dur ?
Allons, donc. Sur ce site nous apprenons le montant de l’amende envisagée : 150 000 euros, voire 1,5 million d’euros en justice, sauf à colmater ces problèmes d’ici trois mois. Autant dire que Zuckerberg doit être explosé de rire !
Quand on connaît le montant des amendes envisagées aux USA pour des entreprises convaincues (par la loi US) de fraude (même si la fraude n’a pas lieu sur le sol de l’Empire), on ne peut que se gondoler de rire.
Rappelons-les :
BNP : 10 milliards de $
Volkswagen : 18 milliards de $
Facebook en France : 150 000 €…

Mieux vaut donc attenter à des personnes en Europe qu’au business de l’Empire.

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One Reply to “La potion magique de la CNIL”

  1. Vous êtes cruel.
    Le problème est qu’en France on se paye trop souvent de mots, pour reprendre l’assertion d’un de mes anciens patrons.
    sinon.
    « Problèmes de cookies (…) . Car si je ne veux pas de cookies, que puis-je faire ? »
    Incidente.
    Vous publiiez sur A.Rouvroy il y a peu, et justement, elle mettait, en son temps avec T.Berns (*), en avant le problème de l’impossibilité de faire jouer son droit à refuser : quid des procédures de refus, qui devraient demeurer un droit élémentaire ? L’approche contemporaine était décrite comme protototalitaire.
    (*) Antoinette Rouvroy et Thomas Berns, in Gouvernementalité algorithmique et perspectives d’émancipation, 2013
    http://www.cairn.info/resume.php?ID
    Cette auteure est très pertinente sur les thématiques que vous abordez./.
    cdlt,
    CL’h./.

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