Le temps, iceberg de la cyberstratégie (1/4)

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Voici le premier élément d’un article destiné à être publié dans une revue, mais le temps m’a manqué pour arriver au quota de signes demandés. Par conséquent, chers lecteurs, vous en aurez l’exclusivité. Il traite des rapports du temps et de la cyberstratégie.

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« Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; si je cherche à l’expliquer à celui qui m’interroge, je ne le sais plus. Cependant j’affirme avec assurance, qu’il n’y aurait point de temps passé, si rien ne passait ; qu’il n’y aurait point de temps à venir, si rien ne devait succéder à ce qui passe, et qu’il n’y aurait point de temps présent si rien n’existait1. » À l’instar de Saint Augustin, il est difficile de définir précisément le temps.

Pourtant, qui se penche sur la stratégie, que ce soit pour l’exercer ou pour réfléchir sur elle, se doit de prendre en compte le temps, cet élément devant lequel Saint Augustin butait.

Car stratégie et temps ont partie liée. En effet, toute les guerres menées jusqu’à présent ont toujours été couplées avec le temps. Quand le stratège prévoyait un mouvement qui nécessitait de déplacer ses troupes, il lui fallait prendre en compte la géographie, puis estimer le temps que prendrait le déplacement, notamment s’il voulait surprendre son ennemi ou recruter des troupes en cours de route. Ainsi Hannibal, en envahissant Rome par le Nord put recruter des mercenaires sur son passage et surprit Scipion, mais le trajet fut assez long.

Depuis le Punique, les temps ont changé. Le train, l’automobile et l’avion ont permis de gagner du temps dans le déploiement des troupes, mais il n’est pas encore possible de mettre en œuvre des armes de manière instantanée : dans le monde réel, il existe toujours un décalage temporel entre la décision de délivrer des feux et leur délivrance effective, même s’il a tendance à se réduire. Comme le cyberespace permet une certaine ubiquité, la tentation est alors grande de vouloir en faire un espace dans lequel la simultanéité serait de rigueur.

Un autre aspect du facteur temporel est aussi à prendre en compte. Pour mener des campagnes victorieuses, le stratège doit veiller à disposer des moyens qui seront nécessaires à leur accomplissement. Là encore, il existe un décalage entre la décision de se doter de moyens nouveaux et la mise en service dudit moyen. Pensons aux derniers programmes d’armement français, notamment au porte-avions et à l’AM 400  : d’assez longs délais ont été nécessaires à leur conception et leur fabrication. Mais l’informatique, fondement du cyberespace, permet des gains de temps notables : ainsi, le temps de conception d’un avion a été divisé par 5 grâce aux logiciels de simulation.

Se pencher sur la question des liens du temps et de la cyberstratégie n’est donc pas absurde, puisque nous venons de voir que les délais peuvent être fortement réduits lorsqu’on utilise ce qui a fondé le cyberespace à savoir l’informatique. Pourtant, une difficulté apparaît dès les premiers moments de la réflexion : sur quels éléments fonder la cyberstratégie, sur quels exemples s’appuyer, sachant que le nombre de cyber opérations revendiquées comme telles et assumées est faible ?

Cette question est similaire à celle qui se posait aux personnes qui ont réfléchi à la stratégie nucléaire : pouvait-on définir une telle stratégie alors que l’arme atomique n’avait été utilisée que deux fois en temps de guerre, et encore à la fin de celle-ci.

Notre raisonnement se fondera alors sur l’observation du cyberespace et plus particulièrement celle des éléments qui le composent, sans oublier les quelques événements que les observateurs reconnaissent comme des cyber opérations.

Cela nous amènera à étudier d’abord la contraction du temps, puis son expansion, pour envisager sa dissolution dans le cadre de la cyberstratégie.

A suivre…

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1Saint Augustin, Les Confessions, livre XI.

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