Manager avec le numérique

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J’avoue, le titre est racoleur mainstream tendance à souhait. L’idée m’en est venue après avoir visionné le film IT de John Moore avec comme acteur principal Pierce Brosnan, qui a déjà joué dans des films bien meilleurs.

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L’idée de départ est classique à souhait, un chef d’entreprise sur le point de réaliser une grosse opération boursière voit sa vie basculer à partir du moment où il ouvre la porte de sa maison (et de sa famille) à l’un de ses employés informaticien.

Ce n’est pas le scénario qui est intéressant (il est vraiment difficile de trouver un bon film traitant correctement du cyber), mais on y trouve quelques perles sur le management d’un monde de plus en plus informatisé digital numérique.

On y voit tout d’abord un chef d’entreprise complètement dépassé par la technique avec laquelle il développe ses affaires. Il va de soi que l’on ne peut demander aux chefs d’entreprise et autres décideurs de passer des examens d’informatique avant de diriger quoi que ce soit, mais un minimum de culture dans le domaine serait souhaitable. Or, dès le premier bug lors d’un visionnage d’une vidéo, c’est la panique.

Alors que ce n’est que l’effet démo, bien connu de tous ceux qui en font une !

Ensuite, sa fille étant confrontée à des problèmes informatiques dans leur maison connectée, il fait venir chez lui le stagiaire (on sait déjà que ce sera lui le méchant) pour dépanner. Mission réussie, mais dans le cours de l’opération, voilà notre héros donner le mot de passe du réseau de la maison connectée au réparateur d’occasion. Du temps de JB, Brosnan n’aurait jamais fait ça…

Un peu plus avant, sa société étant (fortement) menacée par le méchant, car le mot de passe fourni lui a permis d’accéder également au réseau de l’entreprise (et là on pense au livre « l’entreprise, nouveaux défis cyber » publié chez Economica…), voilà notre héros demander un miracle informatique.

Mais cette expression reste un oxymore, même au XXI° siècle…

S’ensuit une illustration des dangers du véhicule connecté.

Oups, parlons plutôt de security by design (le mythe de l’informatique ?)

Puis un petit passage sur la maison « intelligente » qu’il faut « stériliser » car le pirate en a pris le contrôle.

Et enfin, une (touchante) naïveté en apportant comme preuves des clés USB qu’il est allé voler chez son harceleur.

Mais même aux USA, le droit pénal diffère de la vengeance…

Bon, ce n’est donc pas le film du siècle, mais il pose la question de la compréhension du monde connecté par nos dirigeants, d’entreprise ou politiques.

Tendant vers zéro par valeur négative de nombreuses fois, ce qui est plutôt gênant, comme l’indique un récent article du Point : [Snow] citait ainsi cette anecdote où, invité dans un cercle littéraire, il avait demandé à l’assistance qui pouvait lui décrire le deuxième principe de la thermodynamique, question à laquelle personne n’avait pu répondre. Or cette question était l’équivalent scientifique, expliquait-il, de cette question littéraire : « Avez-vous déjà lu du Shakespeare ? » Snow étant lui-même chimiste et romancier.

A good many times I have been present at gatherings of people who, by the standards of the traditional culture, are thought highly educated and who have with considerable gusto been expressing their incredulity at the illiteracy of scientists. Once or twice I have been provoked and have asked the company how many of them could describe the Second Law of Thermodynamics. The response was cold: it was also negative. Yet I was asking something which is about the scientific equivalent of: ‘Have you read a work of Shakespeare‘s?’

I now believe that if I had asked an even simpler question – such as, What do you mean by mass, or acceleration, which is the scientific equivalent of saying, ‘Can you read?’ – not more than one in ten of the highly educated would have felt that I was speaking the same language. So the great edifice of modern physics goes up, and the majority of the cleverest people in the western world have about as much insight into it as their Neolithic ancestors would have had.

Si son constat peut être critiqué, la question du management dans un monde numérique pose crûment la question de la culture numérique de nos « élites ». On ne peut manager que ce que l’on connaît un minimum. Peut-être est-ce là une des sources des échecs de notre époque ?

Et comme le dit wikipedia Dans le discours d’ouverture de la Munich Security Conference en janvier 2014, le président estonien Toomas Hendrik Ilves a affirmé que les problèmes actuels de sécurité et de liberté sont la culmination d’une absence de dialogue entre « les deux cultures » : « Aujourd’hui, privés de la compréhension à la fois des enjeux et des écrits soutenant la démocratie libérale, les geeks informatiques conçoivent de meilleurs outils pour observer les gens… parce qu’ils le peuvent et que c’est cool. Les humanistes, eux, ne comprennent pas la technologie sous-jacente et croient, par exemple, que la connaissance des méta-donnés suffit au gouvernement pour lire leurs courriels. »

Au fait, c’est aujourd’hui mon anniversaire, tous les messages d’encouragement, de bonne année et même de joyeux Noël sont les bienvenus !

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