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Ce billet n’est pas dédié à une étude animale, comme son titre pourrait le laisser croire (il lui manquerait alors un accent circonflexe), mais à quelques éléments relatifs au film d’Andrew Niccol, sorti cette année. Rappel : Andrew Niccol est le réalisateur de Bienvenue à Gattaca (1997), Simone (2001), Time out (2011) ainsi que le scénariste de The Truman Show (1998). C’est donc un habitué des films traitant des u et dystopies, selon le point de vue que l’on adopte.

Comme son titre le laisse supposer, la trame principale du film est la question de l’anonymat dans un futur indéterminé.

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Indéterminé mais qui ne semble pas si loin de notre époque, car si les bureaux dans lesquels les personnages principaux du film (des policiers) travaillent sont d’une tristesse époustouflante voire déprimante (les murs sont en béton nu), le lieu principal de l’action est une ville de notre époque, les moyens de transport étant également contemporains.

Il ne sera pas question ici d’une critique du film en bonne et due forme, mais d’exposer quelques éléments intéressants, tirés des dialogues et soulevant quelques questions relatives à la vie privée et donc à l’anonymat.

La bande annonce du film se trouve ici, et son intrigue du film  est la suivante : Dans un avenir où l’intimité est abolie, un enquêteur se penche sur le profil d’un tueur en série qui a été effacé de tous les enregistrements visuels. Une fois admis le fait que tout ce que fait chacun est archivé dans des serveurs centraux, que la vision individuelle (et d’une certaine manière l’imagination) peut également être commandée par ordinateur (donc piratable), on peut entrer dans le film et répondre, comme on le souhaite, aux questions qu’il pose.

L’hyperconnexion

La société exposée est hyperconnectée dans la mesure où chaque « citoyen » de cette société est relié en permanence à des serveurs, ce qui explique que les moindres faits et gestes y sont archivés. Conséquence de cette hyperconnexion, croiser quelqu’un dans la rue permet de connaître immédiatement son identité et ses données principales (adresse, emploi, etc.) ce qui amène logiquement à une absence de vie privée.

Comme tout film actuel, il y a une scène destinée à réveiller le public masculin qui s’assoupirait. Fait notable, elle n’intervient pas au milieu du film, mais après 15 minutes environ (le réalisateur pensait-il perdre tout le monde à ce moment ?). Retour dans le film : conséquence de cette hyperconnectivité, chacun des deux partenaires est en mesure de connaître le degré de concentration de l’autre et, une fois l’acte terminé, demeure une certaine pudeur physique poussant à se couvrir sur le trajet lit-douche. La scène est peut-être due à un refus de l’actrice de s’exposer, elle n’en montre pas moins le paradoxe de l’époque qui pousse à s’exposer et, en même temps, à préserver une certaine intimité.

Une des conséquences réside également en la possibilité de montrer à quelqu’un ce qu’on vient de faire puisque la mémoire est stockée dans des serveurs. Cette hypermnésie du système et l’impossibilité de cacher quoi que ce soit à quelqu’un (car le refus de montrer ce qui a été fait peut être considéré comme une trahison) pose de sérieux problèmes à ceux qui ont dévié de la droite ligne : comment faire pour effacer des faits estimés répréhensibles ? La réponse est double : pirater les serveurs pour y effacer les faits gênants, ce qui a pour conséquence de les ôter de la mémoire des acteurs, ou tuer les témoins gênants. Et comme il est dit dans les dialogues : vous seriez surpris d’apprendre tout ce que les gens veulent oublier (38′).

Défendre l’ordre établi

Toute cité ayant ses gardiens, ceux-ci sont adaptés à ses caractéristiques. Tout étant archivé, il est alors facile d’estimer qu’il n’y a pas de place pour l’incertitude. L’un d’eux le fait remarquer : nous ne vivons pas dans un monde de conjectures (16′).

La technique mise au service de la volonté de défense de l’ordre établi pousse à des propos caricaturaux ou excessifs, mais pas si loin de ceux qui peuvent être entendus de nos jours. Puisque l’identité s’affiche automatiquement dans les lieux publics, un des objectifs des dissidents (appelés fantômes dans le film) est alors de la cacher. Ce qui amène un gardien à déclarer : dans quel monde vit-on pour qu’un meurtrier nous cache son identité ? (11′) Le même, lorsqu’il apprend que des fantômes peuvent encore se promener dans les rues de la ville ajoute un tel niveau d’anonymisation pourrait rendre tous les crimes possibles (50′) et encore nous avons besoin de persistance de l’identité (51′), sans oublier l’anonymat, c’est l’ennemi ! (52′).

Mis en perspective de notre époque et de la création de « l’internet de confiance », ces dialogues ont une saveur particulière…

Réalité et virtualité

Dans une intrigue policière, deux camps s’affrontent, celui du bien et celui du mal (encore que les bases du bien ne soient pas précisées), ou plutôt celui de l’ordre établi et celui de la dissidence.

Du fait de l’hyperconnexion de la vie, la dissidence se marque par une volonté de déconnexion dans un premier temps, puis de non connexion dans un second (ce qui peut faire penser aux indigènes du numérique). Le seul moyen de fuir cette hyperconnexion est donc de se réfugier dans la réalité (seul ce qui est concret a une chance d’échapper au réseau) et de recourir à des appareils analogiques et non numériques

On est tous connectés, on est tous vulnérables (73′) dit la pirate pourchassée par les forces de l’ordre. La preuve en est que le héros du film se fait pirater sa vision et agit comme s’il était soumis à des hallucinations : attaque de rats dans son appartement, attaque physique, etc.

Si je ne fais rien de mal, je n’ai rien à cacher ?

 Cette phrase tellement répétée lors des phases préalables au vote des lois relatives à l’informatique, au cyber et au numérique est prise à contre-pied par la pirate pourchassée dans une phrase qui peut servir de conclusion au film :

Ce n’est pas que j’ai quelque chose à cacher, c’est qu’il n’ a rien que j’ai envie de montrer.

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