RIP SAIP

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Ainsi donc, alors que le débat national sur la bioéthique est clos mais que la rédaction des synthèses est en cours, le gouvernement a décidé de faire partir, dans la discrétion, l’application SAIP. J’avais exposé, il y a un peu moins de deux ans, les pièges de la rapidité de la conception d’une telle application. Puis, la persistance de ses problèmes, prouvant ainsi qu’un projet débutant mal ne peut se rétablir que par miracle.

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Mais comme la religion ne peut être à l’honneur dans une époque qui se veut laïque, le miracle du fonctionnement normal de SAIP n’a pas eu lieu.

Le gouvernement a donc procédé à l’ultime injection compassionnelle. Tout cela était en fait couru d’avance, tant les défauts de conception et d’organisation initiale du projet étaient flagrants : précipitation, absence de redondance, faible qualité de service annoncée, et surtout direction de projet inexistante une fois le projet lancé. Cela fait beaucoup pour un seul projet, comme si le ministère de l’Intérieur voulait prouver qu’il pouvait faire mieux (ou pire) que celui de la Défense (de l’époque) avec Louvois.

Savoir qui des deux ministères s’est montré le moins performant n’est pas le sujet. Dans les deux cas de l’argent public a été gaspillé, dans les deux cas il n’y a pas de coupable ni même de responsable, dans les deux cas les ministres espèrent que plus personne n’en parlera (très) rapidement, et dans les deux cas l’échec est retentissant.

Ce qui est quand même croquignolet, c’est qu’à l’heure où Trump ne cesse d’être fustigé pour son impérialisme économique (mais, chut ! ne lâchons pas ce gros mot), le ministère régalien de l’intérieur, qui devrait être un des plus ardents tenants de l’indépendance nationale (car régalien) a décidé de se tourner vers Facebook, Twitter et Google pour diffuser les alertes adressées à la population. Oui, vous ne rêvez pas, France info nous prévient : Le ministère de l’Intérieur a donc décidé de recourir aux outils déjà existant, en diffusant massivement les messages d’alertes et de prévention du ministère de l’Intérieur via Facebook, Twitter et Google.

Ah bon.

Alors qu’on promeut le savoir-faire français avec la French Tech (qui réussira selon Mounir si elle devient une Europe Tech – bon, ça semble mal parti…), qu’on veut faire de la France une nation start-up, le ministère de l’Intérieur nous apprend ce qu’est un ministère end-down… Bravo ! Mais, au fait, où se trouvent les mâles accents du ministre de l’Économie qui disait que certaines situations n’étaient pas acceptables ? Sûrement en train d’écouter une célèbre artiste lyrique.

Cela nous montre également à quel point la numérisation a été comprise par les services du ministère. Qu’il y ait des évolutions logicielles, c’est logique. Mais que le choix effectué s’avère une catastrophe dès son lancement et que sa disparition à peine 2 ans après son lancement soit nécessaire, voilà une incompréhension flagrante des fondamentaux ! On ne peut numériser que si on maîtrise un minimum l’informatique : rappel 1 et rappel 2. Mais comme le dit le proverbe repris par Lisette dans L’amour médecin (Molière, acte I, scène 4) On dit bien vrai : qu’il n’y a point de pires sourds, que ceux qui ne veulent pas entendre.

A propos de Molière, peut-être serait-il pertinent de faire concourir le ministère aux Molières de l’humour ? On me dit que c’est passé. Alors aux Gérard du cinéma ? On me dit qu’ils ont été supprimés en 2012.

Puisque nous sommes dans la commedia dell’arte, résumons SAIP en un seul mot : FIASCO !

Categories: numérisation, protection

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