Merlin le manager (4)

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Et voici un nouveau billet de la catégorie Merlin le manager, qui s’approche, toutes proportions gardées, des Gérard du cinéma, quand bien même cette éminente distinction a été attribuée pour la dernière fois en 2012.

Qui sera aujourd’hui à l’honneur ? Le premier d’entre nous ! Jupiter ? Non, bien sûr ! Jupiter est au-delà de nous, dans un monde qui nous est à jamais inaccessible ! Non, le premier d’entre nous loge à Matignon (celui de Paris et non des Côtes D’Armor).

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Que se passe-t-il dans cet hôtel particulier au ton sûrement feutré, et ou tout ne doit être qu’ordre et beauté, luxe calme et volupté ? Et bien, pas tant de volupté que cela, puisque nous apprenons que le premier d’entre nous a perdu six secrétaires en un an.

Que se dit-il donc sous les ors de la République ? « Tu ne reviens pas demain. Je n’ai rien à te reprocher mais je crois que tu n’es pas à la hauteur et que tu es trop stressée. »

Alors, comme les secrétaires de Matignon dénoncent leurs conditions de travail, le cabinet Reor a effectué un audit auprès des dites secrétaires. Les résultats sont simples : « Le document, daté de mars 2018, synthétise les réponses de 40% des conseillers du Premier ministre et de 90% des assistantes. Il semble révéler un climat pour le moins tendu au sein du cabinet, côté assistantes tout du moins : si le travail en décalé, la fréquence des interactions avec leur conseiller ou le travail en brigades semble les satisfaire, les intéressées regrettent le « travail dans le stress avec la peur d’être virée à tout moment ». D’autres exemples de réponses ? « Aucune considération de la hiérarchie et aucune marque de confiance. » « Plus aucune source de satisfaction. » Certaines se sentent considérées comme des « pions » isolés, qui ne se connaissent pas entre elles, et que l’on « manipule au gré non pas des besoins mais des humeurs de chacun » le manque de « DRH compétente » et, pour certaines d’entre elles, un deux poids deux mesures entre « secrétaires incompétentes protégées » et d’autres « compétentes jetées » »

Suite à ces évictions, le recasage serait parfois… aléatoire.

Face à ce constat, la cheffe de cabinet confirme les mouvements, tout en les relativisant ce qui revient à confesser un certain malaise quand bien même le rythme de travail soutenu est appelé à la rescousse (pour justifier ?) ainsi que les propres responsabilités du supérieur hiérarchique : « Qu’elles essaient de se mettre à ma place pour comprendre mon besoin. » tant il est vrai qu’un supérieur peut se mettre sans problème à la place de son subordonné alors que l’inverse est forcément faux.

Mais pour ne pas faire croire que le ressenti des assistantes est faux, un remède a dû être trouvé illico. Lequel ? Des ateliers de bien-être au travail sont mis en place avec la venue d’une masseuse-relaxologue. Massez, massez, il en restera toujours quelque chose…

On pourrait alors imaginer, comme le laissaient penser les premiers articles publiés sur ce sujet, que le premier d’entre nous n’en savait rien, qu’il était aussi victime de ces collaborateurs trop zélés alors qu’il est d’une profonde humanité compassionnelle. Et bien non ! Il assume la pression considérable mise sur ses équipes !

Serait-il alors un monstre ? Que nenni, c’est pour la bonne cause, celle de la France : « La pression est considérable notamment parce que les attentes des Français sont considérables. (…) Compte tenu de ces pressions, de l’intensité du travail, on ne peut pas, dès lors qu’on constate que quelque chose ne va pas, espérer que ça va s’arranger ou attendre, donc on prend des décisions rapides et donc, lorsque quelqu’un nous dit ‘ça ne va pas bien se passer’, on en tire les conséquences. »

Et pour bien enfoncer le clou, une resucée : « L’ensemble des retours que j’ai, d’un très grand nombre de personnels de Matignon, montre qu’il y a un engagement total au service des Français. J’entends que cet engagement total, cette exigence totale soit maintenue, je l’assume. »

Nous voyons donc ici quelques éléments constitutifs d’une carence managériale certaine :

– une pression très forte mise sur des subordonnés ;

– une minimisation des problèmes (le travail est exigeant, les retours sont bons) ;

– le passage à la trappe de certaines questions soulevées (stress, compétence de la DRH) ;

– l’inversion du problème (qu’elles essaient de se mettre à ma place…) et la tentative de culpabilisation subséquente ;

– la mise en place de subterfuges à la mode (masseuse-relaxologue, sûrement compétente mais là n’est pas le problème) mieux connus sous le nom de câlinothérapie ;

– suite logique de l’item précédent, le mépris déguisé sous l’expression j’assume (encore heureux qu’il assume, sinon il se déclarerait de facto irresponsable).

Le premier d’entre nous étant un ancien de la même école prestigieuse que Jupiter (« je suis votre chef ») et d’un de mes récents supérieurs hiérarchique (qui m’avait benoîtement répondu qu’il ne voyait pas où était le problème de management si, après ma mutation à sa demande au bout d’un an de présence dans le poste, mon successeur serait le 4° en 4 ans), je me demande quel est le contenu des enseignements en management dispensés dans cette école. Si tant est qu’on leur enseigne cette discipline…

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