Représenter l’informatique à l’écran

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La question de la façon de représenter l’informatique (ou le numérique) à l’écran est aussi vieille que l’informatique. J’avais d’ailleurs déjà écrit un billet sur ce sujet, il y a 6 ans (déjà). Depuis, rien n’avait changé, et la représentation de l’informatique au cinéma ou à la télé demeurait toujours aussi nulle. Voir un acteur faire défiler des lignes de code à l’écran n’a rien de captivant. Surtout lorsque ces lignes de code n’ont aucun rapport avec l’action du film.

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Mais, grande nouvelle, une série britannique a enfin trouvé une solution intéressante ! Il s’agit de la série The undeclared war, diffusée sur Channel 4. De quoi s’agit-il ? En 2024, sous le gouvernement d’un premier ministre conservateur noir (qui a succédé à BoJo) la Russie de Poutine lance une guerre informationnelle contre le Royaume-Uni et perturbe ses élections. Une stagiaire au GCHQ d’origine pakistanaise va grandement aider les permanents du service à comprendre ce dont il s’agit.

Mais, me direz-vous, en quoi cela concerne la représentation de l’informatique à l’écran ?

Nous y venons. Comme il s’agit d’une cyberattaque, il faut montrer des scènes en lien avec l’informatique. Une première possibilité est de faire comme dans le bureau des légendes (bonne série mais dont le traitement des aspects cyber ne vaut rien) ou alors faire preuve d’imagination et trouver autre chose que de filmer des personnes tenue en haleine par un codeur face à son écran d’ordinateur, et qui lui demandent régulièrement « alors, que se passe-t-il ? »

Puisqu’il faut le décrire en quelques mots, je dirais que les scénaristes ont choisi de filmer des situations de la vie réelle se rapprochant le plus possible de ce que les informaticiens font avec leur ordinateur. C’était un véritable défi qui a été relevé avec brio par les scénaristes. Voyons quelques exemples qui seront plus parlants. Le contexte général est le suivant : la stagiaire est chargée de passer en revue le code du maliciel injecté par les Russes dans le réseau de British Telecom afin de trouver… tout ce qu’elle pourra y trouver.

Une revue de code particulièrement rébarbative jusqu’à ce que l’informaticienne trouve un os :

Une revue de code de bibliothèque (library) exhaustive :

La fin d’un exercice « capture the flag » :

Le suivi d’une piste informatique laissée par un informaticien Russe à l’intention de l’informaticienne britannique :

Nous avons ainsi l’illustration qu’il est possible de représenter l’informatique à l’écran de manière originale et surtout, accessible par tout le monde. Car ces transpositions dans un monde quasi-réel font comprendre aux profanes ce que les codeurs font, même si la programmation leur est totalement étrangère.

Alors, si c’est possible en Grande-Bretagne, pourquoi cela ne le serait-il pas en France ? Va-t-on encore nous sortir la rengaine-marronnier « nous n’arrivons pas à attirer les talents » (c’est sûr que si on bride leur imagination, ils iront ailleurs) ou encore « oui, mais une telle série ne fonctionnerait pas en France » (la preuve que si, je l’ai regardée !).

Reconnaissons que le premier épisode de la série déroute, principalement parce qu’il débute par ce genre d’allégorie, prenant ainsi le spectateur au dépourvu et le laissant se demander de quoi il pourrait bien s’agir. Cependant, les suivants sont prenants, d’autant qu’ils traitent le sujet des manipulations de l’information et du conditionnement de la population par la Russie de Poutine, tout ceci se cristallisant au moment des élections. C’est donc une série que je recommande fortement.

On ne sait cependant pas si Poutine sera encore présent en 2024, car certains prédisent qu’il apprendra bientôt à faire un triple salto carpé arrière par la fenêtre du 6° étage

Categories: cinéma, cyberguerre

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