Cinq ans après

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Il y a cinq ans, un quinquennat numérique s’annonçait. Pour preuve, une des premières visites internationales du premier ministre avait pour but l’Estonie, modèle des pays numérisés. Son secrétaire d’État au numérique l’accompagnait, et un touit nous révélait l’étendue de l’ambition des dirigeants de l’époque :

Qu’en est-il de ces promesses, cinq ans après ? Il est certain que le covid et la guerre en Ukraine peuvent servir d’habiles contre-feux pour expliquer que tout n’a pas pu être accompli parce que ce n’est pas si simple, c’est plus compliqué que ça, et, attention, c’est complexe (nouvelle expression dans ma collection de bonnes excuses). Puisque le temps est à la campagne, et bientôt printanier si tout se passe bien, dressons donc un bilan de ces promesses à travers quelques exemples simples (mais pas la qualité de service des opérateurs internet puisqu’ils sont privés – habile !).

La confidentialité des données

Dans un précédent billet j’écrivais que Le numérique s’est développé car l’Estonie est un pays où les mathématiques sont cultivées, où les citoyens font confiance à l’État qui a pour atouts sa jeunesse et sa loyauté envers les citoyens. Les facteurs clés du succès de la transformation numérique de l’administration sont l’interopérabilité des services, le partage, la souplesse d’emploi, la transparence (chaque citoyen sait, en application du reverse big brother qui a eu accès à ses données), la sécurité et la confidentialité.

Pouvons-nous nous comparer à l’Estonie en la matière ?

Nous attendons toujours (enfin, non) un système équivalent au reverse big brother qui pourrait nourrir la confiance envers les gouvernants, quel que soit leur bord politique. À sa place, nous avons eu droit à plus d’opacité quant au recueil des données (tous anti covid par exemple), nous avons constaté toujours plus de fuites de données (oui, mais nous avons le RGPD qui nous protège), et dernièrement un petit accord « de principe » entre la présidente de la commission européenne et Joe, notre grand frère à tous, celui qui se propose de veiller à la sécurité de nos données même quand on ne le lui demande pas. (Si vous voulez voir à quel point nous sommes mal barrés, voyez la photo de cet article sur laquelle nous voyons que Biden avance masqué, le fourbe !)

Au fait, j’avais aussi fait remarquer que l’Estonie voulait développer ses data embassies : une réplication de leurs données dans les locaux de leurs ambassades à l’étranger, afin de remédier à un blocage complet de l’État par, disons les Russes (au hasard). L’UE s’est-elle emparée du sujet ? Autant que la France. Pour une fois, les 27 sont d’accord sur l’Europe de la défense… des données : tout chez l’oncle Sam !

Ce n’est pas folichon, passons donc à un autre sujet.

L’identité numérique

En Estonie, la carte d’identité électronique (taux de pénétration 94%) permet de sécuriser l’accès aux services publics, en minimisant les possibilités d’usurpation de l’identité. Elle permet de vérifier ses informations personnelles, vaut carte d’électeur, permis de conduire, carte d’accès aux transports collectifs, cartes de fidélité dans les magasins, carte d’assurance maladie. Sa validité est de cinq ans, et en cas de perte, elle peut être remplacée sous un à trois jours, sur présentation du certificat de délivrance de la carte perdue ou cassée.

Comme nous avons France Connect et tous ses services affiliés, nous sommes à égalité, non ? Pas tout-à-fait en fait. Pourquoi donc ? Essayez de faire une procuration de vote (la période s’y prête). Vous devez d’abord remplir un document sur le net après vous être identifié via la poste, votre numéro d’imposé ou d’autres joyeusetés. Cette identification est censée être fiable, sinon elle ne serait pas proposée, n’est-ce pas ? Eh bien, ceci fait, vous devez aller au commissariat (dont l’entrée est digne de celle de Fort Knox) pour que votre identité soit vérifiée et que votre demande soit transmise. Dites, si mon identité doit être vérifiée manuellement, n’est-ce pas la preuve que la précédente identification est réputée ne rien valoir ?

Ce n’est pas folichon, passons donc à un autre sujet.

Les services numériques

Il y a 5 ans de cela, j’écrivais On peut déclarer une entreprise en ligne en 18 minutes, mais le temps qu’un agent public vérifie les informations publiées est estimé à un voire deux jours.

Nous n’en sommes pas si loin, car pour faire refaire sa carte d’identité, il suffit d’aller sur le net et de remplir un formulaire. Je reconnais que c’est rapide. En 10 minutes maximum, c’est fait. Youpi ? Ce serait aller bien (trop) vite en besogne. Une fois votre précieux sésame à la main, il faut prendre rendez-vous en mairie pour vérifier l’identité (sûrement), donner sa photo, son empreinte, son pass vaccinal (ah non, bientôt sur vos écrans ?). Et combien de temps faut-il pour obtenir ce rendez-vous ? Un certain temps ! J’ai essayé dans plusieurs communes où je peux me rendre aisément, il faut pas moins de 4 mois. Et après ? Attendre les délais de fabrication, parfois 8 semaines. En résumé, 4 mois + 8 semaines = ~ 6 mois. Et dire que l’informatique est censée accélérer les choses…

Parlerons-nous de SNCF connect ? Non, des mineurs pourraient lire ce billet. Pour ceux qui veulent vraiment, j’ai quelques touits à mon actif dans lesquels je leur déclare tout mon amour (mesuré…). Je vous livre cependant un avant-goût de nos échanges dans lesquels la confiance envers l’utilisateur transparaît :

Après, il y a les tours de passe-passe où l’on annonce comme une victoire le e-commissariat alors que la e-brigade existe depuis plusieurs années. Il y a, c’est certain, plusieurs services accessibles en ligne. Mais peut-on vraiment se satisfaire d’un « écosystème » dans lequel c’est toujours la faute de l’utilisateur et dans lequel, si le volet numérique fonctionne correctement (CNI, procuration de vote), la suite du processus laisse dubitatif ?

Ce n’est pas folichon, passons donc à un autre sujet.

Ah, en fait non, je n’ai pas d’autre sujet, enfin pas avant d’avoir de quoi rédiger un autre billet. Pourquoi pas sur la logistique informatique/numérique

Ce ne sera pas folichon, n’est-ce pas ?

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